Interview de Samuel FURCY, ancien truand du grand banditisme. Par Didier Biava
J’ai rencontré cet homme incarcéré depuis bien des années pour grand banditisme. Un homme d’un fort tempérament, un leader sachant mener les autres et imposer son autorité en détention. Après plusieurs délits, un dernier a mal tourné et s’est terminé par la mort de deux personnes. Samuel est arrêté, il a pris pour longtemps (12 à 15 ans). Libre depuis plusieurs années, maintenant il raconte par un poignant témoignage..
Propos recueillis par Didier Biava
Didier Biava : Samuel FURCY, merci d’avoir accepté cette interview pour le TOP CHRETIEN. J’ai parcouru votre témoignage qui est percutant, mais avant d’aborder ce que vous faites, ce que vous apportez dans votre ministère, racontez-nous votre parcours, qui est Samuel FURCY ?
Samuel Furcy : Quand j’étais enfant, je rêvais d’être gangster. Je suis issu d’une « bonne famille » d’origine réunionnaise. Mais dans mon cœur, il y avait cette révolte et cette insoumission au gouvernement, à l’état. Je suis allé dans les parachutistes avec ce désir d’aller « guerroyer ». Rapidement, on m’a manqué de respect dans cette armée, alors j’ai déserté et je suis rentré dans la délinquance. Assez vite, je suis devenu vendeur de haschisch. J’ai séjourné quelques jours en prison et particulièrement à Paris à cause d’un hold up manqué. Il faut savoir que la prison en 1983 c’était très difficile.
En sortant de prison, j’ai dit c’est bon, j’arrête.
DB : et après la prison alors ?
SF : J’ai trouvé du travail, j’avais un bon salaire, mais j’avais toujours cette révolte au fond de moi. J’ai mis la main sur une arme et j’ai été condamné à Dix sept ans de prison pour vol à main armée. Considéré comme dangereux, j’ai été placé dans le quartier de sécurité. Pendant les sept premières années de mon incarcération, je vivais chaque jour pour mourir parce que je n’avais qu’une envie : exécuter les personnes qui m’avaient dénoncé et mourir une arme à la main. Je savais qu’avec la haine que j’avais, j’allais me faire « descendre », et je ne me serai jamais laissé reprendre pour retourner en prison pendant des années.
Pourtant cette haine que j’avais en moi a totalement disparu un jour. Une chrétienne m’a envoyé une lettre pour me parler de son Jésus. Je ne croyais ni en Jésus, ni en Dieu, mais en une arme et un portefeuille garni.
Cette chrétienne me parlait de Jésus, elle priait pour moi et pour ma part mon parcours devenait de plus en plus brutal en prison. J’étais « sur la fin », prêt à exploser.
DB : Vous êtes-vous adressé à ce Dieu inconnu ?
SF : A ce moment-là, il s’est passé quelque chose avec ce Dieu puissant que je ne connaissais pas, après une phrase que j’ai dite « si tu existes prouve-le moi ». Comme j’avais écrit à cette chrétienne que lorsque je sortirai j’allais tous les tuer et mourir, elle a pensé que j’étais fou, et qu’il aurait mieux valu que je reste enfermé à vie. Or elle se trouvait à 400 kms de la prison où j’étais, et elle avait reçu, quelques jours avant que je prononce cette prière, un songe comme quoi elle allait m’épouser. Ce soir-là, elle était dans sa maison, elle louait son Dieu et en priant elle disait « Seigneur, si tu veux que cet homme devienne mon époux change sa vie ». Et pendant qu’elle priait, moi j’ai prononcé cette phrase « si tu existes prouve-le moi ». Je me suis retrouvé écrasé au sol physiquement, « scotché » par la puissance de Dieu. Ma vie a changé. J’ai senti que ce Dieu puissant changeait le cœur de pierre que j’avais en un cœur de chair, comme le décrit le prophète Ezéchiel, ce que je découvrirai plus tard (Ezéchiel 11.19).
DB : On peut dire de vous aujourd’hui que vous êtes un ancien truand ?
SF : Je suis un ancien truand. J’ai touché à toutes les drogues, à tout ce qui pouvait « m’éclater » : les filles, les belles voitures. Pour moi c’était ça « le kif ». Mais là, cette onction de Jésus qui coulait sur moi c’était quelque chose de plus fort que je n’avais jamais encore vécu. C’était meilleur que toutes les filles, l’alcool, la drogue, l’argent. Je n’avais jamais connu cela !
A partir de là, ma vie a radicalement changé : c’était le 4 janvier 2000. Les surveillants, et plus particulièrement un brigadier aimaient ma manière d’être : j’étais un brigand « droit dans le mal », j’avais un « code de l’honneur ». Dès que j’arrivais dans une prison, je disais à ces surveillants : « pas de négociation, ni de compromis ». J’étais donc respecté et craint.
Ce soir-là ce brigadier, pensant que je devenais fou, a ouvert la porte de ma cellule avec plusieurs surveillants.
Quand ils ont ouvert la porte, je suis sorti dans le couloir et j’ai embrassé les surveillants. J’ai crié dans le couloir. J’aurais pu garder cela pour moi mais je l’ai annoncé à tous les détenus qui pouvaient m’entendre. Sans savoir pourquoi, je criais « Dieu est grand ». Les hommes ont inventé des religions mais il n’y a qu’une voie qui mène à Dieu. Laquelle, je ne la connaissais pas encore.
DB : Samuel, maintenant vous avez été touché par la grâce de Dieu. Vous avez dit à travers votre témoignage que vous aviez été comme « plaqué au sol » par la puissance de Dieu. Christ vous a complètement relevé. Aujourd’hui vous êtes un chrétien engagé et vous témoignez auprès des truands. Expliquez-nous ce travail. ?
SF : Depuis mon enfance, j’ai une attirance pour l’Afrique. Quelques jours après ma conversion, j’ai téléphoné à cette chrétienne qui m’écrivait en lui disant : « tout ce que tu m’as dit sur Dieu est vrai, je t’épouse ». Je lui ai demandé de m’envoyer des livres sur l’Afrique. Puis lorsque je suis sorti de prison, j’ai rencontré Moussa Koné, un ancien imam converti à Jésus-Christ. Je suis parti chez lui en Afrique pour faire un stage de disciple. A ce moment-là, Dieu avait son plan et je me suis retrouvé dans toutes les grandes prisons de Cote d’Ivoire à parler aux détenus, à prêcher, à témoigner. Quand j’arrivais, je leur disais : « Qu’est-ce que vous croyez que je suis venu faire chez vous. Je suis dans un bon pays, je ne manque de rien, Dieu m’a tout donné et moi je viens dans la misère vous voir, vous dire que moi aussi j’étais comme vous avant. Jésus a changé ma vie. Jésus a donné sa vie, a versé son sang pour moi, pour vous ».
Maintenant, j’ai un ministère dans les prisons en Afrique. Je prie Dieu que mon ministère s’étende aussi en Europe et principalement en France. Je veux retourner dans les prisons en France. Y rentrer le matin et en ressortir le soir comme un gardien de prison, mais non pas pour les garder, mais pour les libérer en leur apprenant que Jésus les aime, en leur disant que dans la misère où ils sont il y a quelqu’un qui peut les transformer. Quand j’étais un voleur, je n’ai jamais eu autant d’argent. Mais maintenant, Dieu m’a tout donné et je suis réellement riche. Et grâce à ce Dieu puissant, je peux exercer le ministère auquel il m’a appelé. Je le remercie pour ce qu’il fait dans ma vie. Que Dieu soit loué.
DB : Une dernière question. Nous avons des détenus qui visitent le net et qui pourront probablement aller sur le Top Chrétien, et même lire votre interview. Que souhaitez-vous adresser comme message à ces détenus qui vont lire votre témoignage ?
SF : Une chose qui a toujours étonné les détenus et les surveillants lorsque je suis devenu chrétien, je criais : «je suis libre en prison ». Cela les a bluffés. Parce qu’il n’y avait plus de barreaux pour moi, Jésus m’avait libéré. A partir de là, je peux dire aux détenus que lorsqu’on rencontre Jésus personnellement, qu’il vient habiter dans notre cœur, notre vie, qu’il la transforme, je peux vous dire « les gars, on est libre en prison. Jésus libère, amen !
Topinfo du portail Top Chrétien
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