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 annoncer l evangile aux musulmans

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nicolas95



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Date d'inscription: 09/03/2008

MessageSujet: annoncer l evangile aux musulmans   Sam 23 Jan - 22:24

Évangéliser les musulmans ? C’est la question que nous avons posée à quatre spécialistes de l’islam lors d’une table ronde organisée au Collège des Bernardins (Paris Ve).
par la rédaction d’Il est vivant !
Pour beaucoup de catholiques, l’évangélisation des musulmans est taboue. Quelles sont à votre avis les raisons de cette gêne, voire de cette mauvaise conscience ?

CT : En France le mot évangélisation pose problème. On pense qu’évangéliser c’est convertir l’autre et faire du prosélytisme en forçant les gens à croire sans respecter leur liberté. Alors qu’évangéliser, c’est faire connaître une personne, le Christ.

Henry Quinson : Au préalable, rappelons que l’évangélisation suppose qu’on a découvert une vérité que d’autres pourraient partager. Or la poussée du relativisme rend l’évangélisation suspecte : « Chacun sa route, chacun son chemin ! » En outre l’inconscient collectif français associe à l’islam la guerre d’Algérie, la colonisation, les rapports Nord-Sud, la révolution iranienne, le prix du pétrole, l’intégration, les cités HLM. Pour toutes ces raisons, il est très difficile pour un Français qui n’aurait pas une approche théologique, d’appréhender cette question sans être taxé d’islamophobe, de néocolonialiste, ou même d’impérialiste…

FMB : Dans le contexte français, parler de foi est toujours compliqué, tant la question de la religion est cantonnée à la sphère privée. À ces difficultés s’ajoute celle de la méconnaissance. On a du mal, voire une réticence naturelle, à présenter la foi chrétienne à un musulman parce qu’on ignore très souvent ce qu’il vit.

Rémi Brague : Je me souviens avoir entendu cette histoire sur certains harkis, arrivés en France après l’indépendance, qui allaient trouver des prêtres en leur disant : « Nous sommes Français, les Français sont chrétiens, nous voulons donc devenir chrétiens. » Les prêtres leur répondaient alors « Allons, pas question, vous êtes musulmans, soyez plutôt de bons musulmans ! » Les raisons que ces gens avaient d’adopter le christianisme n’étaient peut-être pas les meilleures du monde. Mais je ne sais pas si nos ancêtres barbares arrivant dans l’espace romain vers le IIe ou IIIe siècle avaient des raisons bien meilleures de se convertir… Il serait bon de tordre le cou à un mot qui nous empêche de penser et qui a été conçu pour cela : islamophobie. Avec cette étiquette on a tôt fait de mettre dans le même panier le raciste de base qui n’aime pas l’arabe du quartier qui cuisine à l’huile d’olive et le savant islamologue qui ne peut pas accepter l’origine divine du Coran et l’impeccabilité du prophète Mahomet. Comme le disait le père Balde, il y a un vrai problème d’ignorance. Et j’ajouterai que cette ignorance si elle est réciproque n’est pas symétrique. Le chrétien ne sait pas trop dans quel casier mettre l’islam. Il se rattache à des schémas préexistants et élabore des concepts équivoques (genre abrahamique, religions du Livre ou monothéisme : trois notions que j’essaie de “hacher menu” au début de mon livre Du Dieu des chrétiens). Mais cette ignorance est asymétrique en ce sens que si le chrétien sait très bien qu’il ne connaît pas l’islam, la plupart des musulmans s’imaginent qu’ils connaissent très bien le christianisme, puisqu’il est question des chrétiens dans le Coran, dans la vie du prophète, et dans toute l’histoire de l’islam primitive. Le grand obstacle n’est donc pas l’ignorance, mais plutôt le faux-savoir !

N’y a-t-il pas aussi la crainte, avérée ou non, de provoquer le martyre de celui que l’on voudrait évangéliser s’il se convertit ?

HQ : Les musulmans ne sont pas les seuls gênés par la conversion à une autre foi. Cela est vrai de toute communauté humaine. Reste tout de même que la tradition musulmane interdit l’apostasie dans deux hadîths qui font encourir la peine de mort à quiconque renierait la Shahada. Même si dans certains États musulmans, on a changé les lois, la pratique familiale reste souvent celle du rejet. Nous connaissons pour notre part un certain nombre de musulmans devenus chrétiens qui doivent se cacher, devenant ainsi des crypto chrétiens. Dans certaines situations, la sécurité des personnes exige une vraie discrétion.

On prétend, Vatican II à l’appui, qu’il y a des « semences du Verbe »1 dans toutes les religions. Pourquoi chercher à convertir les musulmans si le salut leur est acquis ?

HQ : Pour les chrétiens, comme il n’est pas fait mention des musulmans dans les Écritures, tout est ouvert. On est confronté à deux attitudes extrêmes. Soit on dit que Mahomet est un faux prophète, une espèce d’antéchrist, et que la religion musulmane est une œuvre satanique ; soit on dit, en extrapolant la déclaration de Nostra Aetate au Concile, que la doctrine musulmane serait elle-même un chemin de salut. Cela suscite un certain malaise parce qu’en plusieurs endroits, le Coran dénonce des dogmes chrétiens de première importance : le mystère pascal, celui de la Trinité et de l’Incarnation. C’est pourquoi un certain nombre d’auteurs chrétiens ont adopté la position inverse en affirmant que cette pensée n’est pas aussi accueillante au Christ que les traditions païennes : l’islam leur apparaît dogmatiquement antichrétien. Il y a donc un vrai débat au sein de l’Église qui pose la question du statut théologique de la tradition musulmane. Cela est plus compliqué que le statut de la pensée bouddhiste par exemple. Le fait que l’islam soit postérieur au christianisme pose question. Pourtant l’historien doit rappeler qu’il y a d’autres religions postchrétiennes qui ont duré longtemps. Le manichéisme, par exemple, du IIIe siècle à la fin du premier millénaire. L’islam n’est pas un cas unique, même si sa longévité peut impressionner l’observateur du XXIe siècle. Il n’est peut-être pas là pour toujours. Cependant, comme toutes les traditions religieuses, il doit aujourd’hui relever les défis de la modernité et de la mondialisation, qui impliquent une ouverture à l’altérité et au changement, donc une conversion. Les « semences du Verbe » se trouvent aussi dans toute l’humanité !

FMB : On peut effectivement dire qu’un musulman qui suit sa conscience peut parvenir au salut. Mais il ne faut pas oublier la première lettre de Paul à Timothée : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » On ne peut donc jamais dissocier la question du salut de la question de la vérité. Et malheureusement dans tout débat sur l’évangélisation, la question de la vérité est trop souvent mise de côté. Jésus nous dit-il véritablement quelque chose de vrai, sur Dieu et sur l’homme, que le musulman a lui aussi à découvrir ? Pour parler de l’évangélisation c’est avant tout cela qui doit nous animer : avons-nous quelque chose à dire aux musulmans ? Sommes-nous suffisamment convaincus que ce que nous avons à leur dire est vrai ?

RB : L’idée du salut universel a fait beaucoup de mal, parce qu’on l’a mal comprise. Le père Balde l’a dit : Dieu “veut” que tous les hommes soient sauvés. Mais les hommes ne donnent pas leur réponse nécessairement ! Ils répondent librement au don que Dieu fait à chacun sans distinction. La question n’est pas de savoir si les hommes vont l’accepter, mais si “je” vais l’accepter. Car si l’on est en droit d’espérer que tous les hommes seront sauvés, ça ne vaut pas toujours pour soi-même. Pour tout homme, même le pire criminel, nous pouvons trouver de très bons arguments pour nous assurer de son salut. La seule personne pour laquelle je ne puisse pas trouver d’excuses et penser qu’elle fera un très bon candidat pour l’enfer, c’est moi. Mais, surtout, je n’ai pas le droit de penser cela pour les autres ! Par ailleurs, à supposer que tout homme doive automatiquement aller au Paradis, faut-il pour autant se passer de toute recherche avant ? C’est comme si vivant dans une studette, on vous annonçait qu’un duplex avenue Foch vous attendait. Vous avez la possibilité d’emménager dès maintenant, mais quoi qu’il en soit vous y entrerez à la retraite. Qui raisonnera ainsi : « Puisque de toute façon on me le donnera, je reste dans ma studette ridicule… » ?

Depuis de nombreuses années, un dialogue islamo-chrétien s’est instauré, qui concerne essentiellement les élites. Ici ou là, des voix se lèvent pour dire que ce dialogue conduit à une impasse. Où en est-on d’après vous ?

RB : La distinction entre l’islam et les musulmans, que leur rapport à l’islam soit de pure tradition ou qu’il corresponde à quelque chose de plus profond, est capitale ! Le non-respect de cette distinction fomente l’usage, contre lequel je m’oppose, du mot islamophobe. En ce qui me concerne, je ne crois pas au dialogue entre théologiens (sachant que dans l’islam, le mot théologie a un sens tout à fait différent). C’est selon moi le contraire des plombiers où l’on vous dit « méfiez-vous des amateurs » ; je dirais « méfiez-vous des professionnels » ! Le dialogue, si dialogue il y a, ne doit pas être le fait de professionnels, payés pour cela, qui répètent toujours la même rengaine dans tous les palaces dans lesquels ils descendent. Combien de discussions entre gens prétendument compétents sont des monologues parallèles dont chacun ressort comme le canard de l’eau, sans s’être mouillé du tout ! Alors où le dialogue peut-il se passer ? Vous l’avez dit magnifiquement, au niveau de l’humanité commune.

FMB : En réalité, ce dialogue est surtout important pour les chrétiens. Pour les musulmans, il n’a pas beaucoup de sens : ils se considèrent dans la vérité qui mène au Salut. Si le Coran est la parole immédiate de Dieu, alors pourquoi dialoguer ? Et comme il n’y a pas d’autorité en tant que telle, chacun porte et donne sa propre opinion.

HQ : Ce qui reste néanmoins intéressant, dans ce dialogue, c’est qu’il crée des rencontres entre personnes a priori éloignées. Pour moi, la démarche de connaître l’autre est très importante : celui qui aime cherche à comprendre l’autre. Même si la tentative de dialogue échoue, elle montre que l’Église n’est pas une secte refermée sur elle-même. Jésus a apparemment échoué dans son ministère public mais il a essayé, à vrai dire, il s’est donné lui-même !

Alors concrètement, comment évangéliser les musulmans ? Faut-il renoncer à une annonce explicite au profit d’un enfouissement de bon aloi ?

HQ : Nous ne sommes pas maîtres de la mission, mais des événements surviennent qui ne sont pas anodins. Ce n’est, par exemple, pas un hasard que l’on se retrouve avec des millions de musulmans « en terrain neutre », dans l’Europe laïque d’aujourd’hui. Ce sont des conditions nouvelles, providentielles sans doute. Nous sommes des chrétiens minoritaires dans certains quartiers et en même temps, on ne va pas m’égorger parce que je discute tel ou tel point du Coran. Il faut en tenir compte dans la mission. On peut dire beaucoup plus de choses lorsque l’on vit à Marseille que lorsqu’on vit en banlieue Est d’Alger. Si, de retour d’un voyage en Algérie, un ami musulman me demande comment cela s’est passé, je peux lui dire : « J’ai été très bien accueilli mais j’ai constaté que quand on est chrétien en Algérie, en 2008, il faut souvent se cacher. » Je peux dire cela car des relations d’amitié existent entre nous. La parole a alors une tout autre portée. Il faut aussi être téméraire. Charles de Foucauld était très clair sur la question de l’audace. Il cherchait à être un vrai chrétien et les gens avaient un grand respect pour lui. De même pour le frère Luc de Tibhirine, qui était médecin. Il était sans concession sur le Coran et l’islam (il avait même fait toute une étude sur les effets négatifs du ramadan d’un point de vue médical). Mais il était le plus aimé de la région, car il soignait les gens et les conseillait. Il était considéré comme un marabout ! Il ne faut donc pas hésiter à être soi-même, à l’être de manière intelligente. Certains de mes amis musulmans me donnent ce conseil : « Henry, quand tu vas chez des musulmans, ne t’embarrasse pas de ce mot de prosélytisme. À partir du moment où tu n’es pas menacé physiquement, tu peux leur annoncer tout simplement celui en qui tu crois, en leur expliquant pourquoi. » Cela dit, pour nous, la durée et la proximité avec les gens de notre quartier sont deux notions primordiales. C’est ce voisinage en humanité qui fait que lorsque des mouvements évangélistes distribuent le Nouveau Testament ou de petites brochures sur Jésus, nos petits voisins nous les apportent et nous posent beaucoup de questions. Ce peut être le début d’une catéchèse. Si les parents sont d’accord, je donne aux enfants les explications qu’ils me réclament.

CT : Selon moi, le terme enfouissement ne convient pas. Je parlerai plutôt d’un “vivre- avec”. Nous ne sommes pas arrivés là par hasard. Nous avons été envoyés en mission par l’Église, ce qui signifie qu’on est là pour témoigner de notre foi et du Christ. Nous nous sentons donc assez libres d’organiser des temps qui vont permettre ce dialogue pour l’évangélisation. C’est ainsi que nous mettons sur pied de grands dîners « saveurs du monde ». Chacun apporte une spécialité de son pays. Le repas se déroule dans les locaux paroissiaux, ce qui n’est pas anodin. À partir de tous les contacts humains qui vont se nouer ce soir-là, on va pouvoir témoigner, répondre à des questions. Car souvent les questions fusent. Je me souviens d’un échange avec des jeunes lors d’une partie de babyfoot. Ils nous ont demandé : « Mais comment priez-vous ? » Et nous nous sommes mis à prier le Notre Père. Des exemples comme celui-là, nous en avons par dizaines ! Par ailleurs, nous essayons de ne pas perdre la volonté missionnaire. On n’est pas à l’abri de perdre le sel. Pour demeurer des chrétiens désireux d’annoncer le Christ, notre meilleur garde-fou est une vraie vie de prière. Car face aux obstacles, on pourrait perdre pied. Par exemple, pendant les camps, il nous arrive d’accueillir une majorité de jeunes musulmans. Nous, éducateurs chrétiens, nous décidons de poursuivre notre vie de prière : aller à la messe, prier avant les repas, faire oraison, etc. L’un des défis est donc de réussir à demeurer au cœur de ces quartiers des chrétiens visibles, libres et assumant leur foi, sans aucune crainte. Et puis n’oublions pas que le monde entier vit dans nos cités. C’est une première dans l’histoire. Chaque matin tous les peuples se croisent dans les cages d’escalier. Nous choisissons de voir dans la présence des musulmans en France une chance pour la nouvelle évangélisation d’une part. En cité, nous pouvons échanger sur notre foi avec nos voisins musulmans sans peur d’être tué. Ce qui n’est pas le cas dans beaucoup de pays musulmans. Une chance pour bâtir la civilisation de l’Amour d’autre part. Le monde entier vit là et nous devons apprendre à vivre ensemble, à construire l’avenir de nos enfants conjointement. Une civilisation nouvelle est en marche !

- HQ : J’ai toujours été marqué par la figure de Madeleine Delbrêl1, qui a vécu en milieu communiste. Les tentations n’ont pas manqué pour elle non plus mais elle a toujours résisté. Elle disait à ce sujet que pour le chrétien, il y a une double logique : celle de l’alliance, qui nous porte à vivre avec les autres ; et la logique du salut. On est ébloui par Jésus Christ. Le Coran est certes un livre qui contient de beaux passages, mais ce qui m’habite, c’est l’Évangile. Je suis un passionné de Jésus Christ. Être porté par cette passion (dans les deux sens du terme) finit par rejaillir sur notre entourage. Et se posent à nous des questions très pratiques car nous vivons dans une sorte de tension, nous passons souvent par un chemin très étroit fait de respect de l’autre et du souci de son salut éternel. C’est une forme de crucifixion : la vie chrétienne normale, en somme !

Vous connaissez sans doute tous des musulmans convertis au Christ. Qu’est-ce qui provoque le déclic ?

CT : Pour un musulman, se convertir est quelque chose de tellement fou que cela ne peut s’expliquer sans une rencontre avec le Christ. Nous avons des exemples autour de nous. Certaines personnes à qui nous avions proposé de venir à Paray-le-Monial dans une démarche de pèlerinage sont ressorties de la chapelle en ayant fait une vraie rencontre. La suite n’est pas toujours simple. Certains se convertissent mais ne se font pas baptiser. D’autres font la démarche du baptême. Parmi eux, quelques-uns pratiquent en secret, et d’autres quittent leur quartier, leur milieu d’origine. C’est parfois conseillé par l’Église. Ce que nous constatons, c’est que beaucoup ont le désir de témoigner de ce qu’ils ont découvert. Pourquoi ne pas regrouper toutes ces personnes afin qu’elles puissent effectivement témoigner et dialoguer avec leur famille, leur communauté d’origine ?

HQ : On vit des instants historiques. Pour la première fois depuis des siècles, en Algérie, il y a sans doute plus de 15 000 chrétiens issus de l’islam et de nombreux sympathisants. Il y a beaucoup de conversions, avec des intentions parfois mêlées (en Kabylie notamment). Dans l’Église catholique, éprouvée jusqu’au martyre, il y a de magnifiques témoins qui ont découvert l’Évangile en rencontrant des chrétiens dans leur travail ou leur quartier.

FMB : Parmi les convertis, il y a ceux à qui le Christ s’est révélé personnellement, sans qu’aucun chrétien n’intervienne. D’autres sont touchés à la lecture d’un extrait de la Bible ou à sa proclamation lors d’une évangélisation de rue. C’est surtout vrai des textes qui évoquent notre humanité : si la Bible dit vrai sur l’homme, alors elle ne peut pas mentir sur Dieu. Souvent, le passage se fait de la vérité sur l’homme à la vérité sur Dieu. Les musulmans ne cessent pas d’être des hommes. Dieu qui nous a créés sait comment nous atteindre. Les fausses croyances de l’islam ont beau faire barrage, Dieu trouve toujours le moyen d’atteindre les hommes à travers leurs désirs humains profonds.

La personne de la Vierge Marie peut-elle être un pont entre chrétiens et musulmans ?

FMB : Je me méfie toujours de ce genre de démarche. Quand je regarde la Marie du Coran, je n’en veux pas. Elle n’a rien à voir avec la Vierge Marie telle que nous la connaissons dans le christianisme. De même pour le Christ, il n’est pas du tout le même dans le Coran, et dans la Bible. Il ne faut pas occulter la question de la vérité, et de la dignité de l’être humain. Le chrétien ne deviendra crédible aux yeux d’un musulman que lorsqu’il vivra vraiment sa foi. C’est très important.

RB : Churchill disait que les États-Unis et l’Angleterre étaient divisés par une langue commune. C’est à peu près la même chose pour les noms des personnages bibliques cités par le Coran et la tradition islamique. Ce sont les mêmes noms (Abraham, Moïse, Marie, etc.) mais qui ne désignent pas du tout les mêmes personnes. Attention aux noms communs ! Ce qui donne un contenu à ces noms, c’est ce que l’on raconte à leur sujet. Or, le petit Issa qui fabrique des oiseaux d’argile, leur insuffle la vie et les détruit, c’est le garnement des évangiles apocryphes, mais il n’a rien à voir avec Jésus. De même pour les autres personnages.

HQ : Cela dit, à Marseille, beaucoup de musulmans vont à Notre-Dame de la Garde et font des découvertes. Des enfants reviennent en nous disant : « Il y avait un monsieur sur une croix, avec du sang, c’était horrible ! » Ils n’avaient jamais vu un Christ crucifié. Je leur fais une petite catéchèse, en leur donnant simplement les faits, et ce que pensent les chrétiens. C’est bouleversant de voir combien les enfants sont souvent très émus par cette figure dont ils nous reparlent.

Que recommander à ceux qui, parmi nos lecteurs, voudraient se mettre au service de l’évangélisation des musulmans ?

HQ : Un jour, j’intervenais dans l’aumônerie d’une école catholique des beaux quartiers de Marseille. Je recommandais à ces jeunes de témoigner de leur foi chrétienne à travers les relations personnelles qu’ils pouvaient avoir avec des musulmans. Ils me regardaient avec des yeux ronds. « Dans une ville comme Marseille où vivent plus de 200 000 musulmans, vous n’en connaissez pas un ? » Je me suis rendu compte ce jour-là à quel point la ségrégation sociale était réelle. Tout ce qui peut d’une manière ou d’une autre favoriser une rencontre est bon, comme je l’explique dans mon livre Moine des cités. C’est ainsi que des lycéens viennent faire de l’accompagnement scolaire une fois tous les quinze jours dans notre cité. Chacun, à sa mesure, peut faire un pas pour qu’existe le Royaume fraternel du Christ.

CT : Je leur dirai de continuer de découvrir leur foi, leur Dieu et de ne pas craindre d’aller au contact. Ne pas hésiter à s’appuyer sur des associations, des organismes existants.

RB : Mon conseil serait de se documenter, de comprendre les musulmans tels qu’ils se perçoivent eux-mêmes, et en ayant bien conscience du caractère équivoque des mots.

FMB : Pour ma part, ce serait d’aller au-delà de la peur des musulmans et de l’islam, pour rencontrer l’autre dans son altérité.
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